Cougar d’un soir, bonjour le traquenard

Les rencontres se suivent et ne se ressemblent pas. Si l’âge n’est pas un critère en soit, il peut rapidement se muer en obstacle. Et parfois, on n’a pas vu le coup venir.

« On n’est pas maître de son destin. » Ce sont les derniers mots qu’il m’a adressée. Ce sont, de toute évidence, les mots d’un mec qui relativise son échec amoureux…

(…) Et qui le fait mal, comme le reste.

J’ai mis du temps à m’en apercevoir. Et pourtant, il a vite fallu se rendre à l’évidence : j’étais l’expérimentée de notre duo. Mais, ça non plus, ça ne m’est pas apparu dès le début.

5 ans et dix jours

Un dimanche soir, alors que je sors, dégoulinante, de la salle de sport, quelqu’un m’interpelle. Bien que je ne brille pas par mes qualités de physionomiste, je me souviens de lui. Il me bredouille quelques mots et parviens à dégoter mon numéro. Il est un peu plus petit que moi (ce qui est bien plus commun qu’il n’y paraît) mais sa carrure me pousse à être indulgente. En laissant traîner mes oreilles, j’ai appris qu’il se lançait dans une carrière de militaire.

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Photo non contractuelle

Rien de pire qu’un rencard programmé après une séance de sport – si on peut appeler ça comme ça dans la mesure où j’ai soigneusement évité de transpirer. J’ai rapidement boudé les altères au profit d’une pizza (n’hésitez pas à me demander des conseils muscu/fit/healthy, j’suis une tueuse). Sans grande conviction mais avec curiosité, je me laisse aller à quelques questions banales, histoire de faire la conversation. « Et sinon, t’as fait quoi avant de vouloir devenir soldat ? », souffle-t-elle dans un élan d’intérêt. MALAISE. Dans la voiture déjà, il avait eu l’air de blêmir alors que j’évoquais la date à laquelle j’ai passé le permis. Et pour cause… Il était au collège à ce moment-là.

Cinq ans et dix jours. Cinq ans et dix jours, nous séparaient.

Dans ces cas-là, deux choix s’offrent à nous : fuir, mais c’est pas très cool au début d’un rencard ou encaisser le coup en gardant le sourire. Comme je suis polie, et qu’on avait pris ma voiture pour venir, j’ai préféré mordre sur ma chique en lâchant un petit « Ah ouuuui d’accord » pour masquer ma surprise.

J’ai vraiment rien vu venir et voilà que je me retrouve propulsée dans le rôle de la cougar sans le vouloir – pour compléter la panoplie, j’avais une veste imprimée léopard ce soir-là (true story). Mais contre toute attente, le lionceau s’en sort pas si mal. Tellement que je me suis retrouvée à discuter avec lui jusqu’au matin. Sans qu’il ne se passe rien.

Absolument rien. Et c’est pas faute d’avoir évoquer l’idée de s’ébattre sur un rameur (je ne revendique pas les droits d’auteur sur cette idée) et dans à peu près tous les coins de cette foutue salle de sport. Il est gaulé et semble savoir de quoi il parle, ça me laisse un peu rêveuse, je l’avoue.

Néanmoins, le baby-loveur fait des erreurs. Les erreurs typiques d’un mec encore trop jeune et toujours dans le schéma qui-aime-bien-châtie-bien très en vogue pour pécho à l’époque du lycée. Je pense que sa maladresse a atteint son paroxysme lorsqu’il m’a lancé, après m’avoir lâché une bonne claque sur la cuisse (ne me demandez pas pourquoi) : « C’est marrant, en legging à la salle, je pensais pas que c’était aussi ferme »Vraiment, c’est super marrant ouais. J’suis hilare. -_- Figurez-vous que « non mais c’est un compliment ». On s’en souviendra.

J’avais donc rapidement décelé quelques lacunes évidentes en matière de séduction. Cependant, il a rapidement redressé la barre. Un peu trop. Sachez que je ne suis pas un voilier facile à manoeuvrer.

Rencard-randonnée

Il est devenu complètement chamallow-loveur avec moi, inspiration Instagram-mec-parfait. Fort de ce nouveau rôle, il m’a proposé, deux jours plus tard, une virée sur la côte « dans un endroit surprise ». Tellement surprise que j’avais deviné avant même de partir puisqu’il m’a évidemment emmené dans le lieu le plus cliché qu’on puisse imaginé. Ceci n’est finalement qu’un détail.

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Il ne s’était pas beaucoup plus creusé les méninges pour les activités que pour le lieu : on a marché. Beaucoup, 30 bornes. Sur le front de mer. De long en large et de large en long. Tout l’après-midi, sous un crachin faisant effet de brumisateur. A 18h, j’étais à deux doigts de perdre une hanche et demande une pause sur la plage.

Je sais déjà que l’affaire est pliée. Après ces heures de conversations iodées, je sais que le lionceau voit en moi la future femme de militaire dont il rêve. Le mec m’a même signalé que sa douce bénéficierait des réductions sur les voyages en train comme lui. Ah ouais, dans ces cas-là, je vais réfléchir… Il fantasme des week-ends communs aux quatre coins de la France, s’imagine déjà sonner chez moi en tenue de cérémonie après une longue période de séparation… Sortez les violons, j’ai failli m’étouffer de rire en l’écoutant. 

Sur le papier, c’était mignon. Si on omet mon gros soucis avec l’engagement, c’était vraiment mignon. J’ai bien essayé de lui faire passer le message que c’était compliqué, pour moi, d’être la femme d’un seul homme. Entendez par là que j’ai passé l’après-midi-rando a minauder auprès de tous les hommes (sexagénaires compris – aux grands maux, les grands remèdes) qui croisaient notre route. Chacun ses méthodes, on ne juge pas ! En bon jaloux-possessif, il s’énervait à tous les coups. J’avais l’égo au max, faut bien se l’avouer.

Trève de plaisanterie, retour à la pause sur la plage. On est assis sur la terrasse, fermée, d’un resto de plage, dans le noir, à regarder les vagues. Le cocktail parfait pour le bon romantique qu’il est. Je sens le coup fourré arriver et évite donc soigneusement de croiser son regard.

Ca prend l’eau

N’écoutant que son courage, il m’attrape le menton et se lance dans le tant attendu baiser. Ou détartrage, j’hésite encore. Le mec m’a fait le coup de la moulinette. T’es là, t’ouvres la bouche et tu fais rien parce que le mec a cru qu’il devait tourner sa langue le plus vite possible dans ma cavité buccale. Au début, j’ai bien essayé de rattraper le coup. En vain.

L’opération dentaire touche à sa fin mais mon martyr se prolonge. A peine sa langue renfournée dans sa propre cavité, il ne trouve rien de mieux que s’en servir pour me sortir la punchline du siècle : « Ahhhhh, ça faisait longtemps », me précise-t-il, un postillon encore au coin des lèvres. Non, parce que t’as déjà fait vivre ça à quelqu’un d’autre ? Et il surenchérit par un « c’était bien ? », définitivement de trop. Bien sûr que non c’était pas bien. Et, en plus, t’es mal tombé parce que j’ai une théorie : si tu sais pas m’embrasser, tu sauras pas me sauter. RE-DI-BI-TOIRE !

Je passe sur la fin de soirée catastrophique qui m’a poussée à faire semblant de travailler pendant 4h afin qu’il se décide enfin à foutre le camps de chez moi, à 1h30 du matin, après avoir été confronté à un bien trop long silence pesant de ma part (et Dieu sait que je suis douée pour ça).

Fuite en avant

Suite à cela, j’ai dégainé ma technique d’esquive favorite : la fuite en avant. J’ai déguerpis à la campagne, pour retrouver l’espace vital dont j’ai viscéralement besoin – et me trouver la meilleure excuse pour décliner ses multiples sollicitations. Face à un flot de messages dégoulinants d’amour naissant, j’ai terminé le week-end avec un message des plus clairs : « Blablabla, l’engagement ça me fait fliper, blablabla, c’est cool avec toi mais ça va coincer parce qu’on a pas les mêmes envies » – et l’un des meilleurs coups de ma vie (#megabitch), mais ça c’est une autre histoire.

Il semble compréhensif. Je me dis qu’il ne me reste que trois semaines à tenir avant qu’il ne me quitte pour l’imprimé camouflage et les parcours du combattant et que par conséquent je devrais réussir à l’esquiver jusque là – y’en a que j’esquive depuis des mois comme ça.

C’était sans compter sur cette foutue salle de sport. Il y a deux possibilités : ce mec est le gardien du temple ou il m’a collé un GPS au boule. Après l’avoir croisé trois fois en début d’après-midi, deuxième fois s’étant soldé par une embrouille au milieu des altères et la troisième par le début d’une guerre froide entre nous, j’ai décidé d’aller m’entraîner en fin de journée pour l’éviter. J’arrive donc fièrement, à 20h30, sac à l’épaule, prête à soulever de la fonte comme jamais. Je scanne ma carte à l’entrée, pousse la porte et… Tombe littéralement nez à nez avec notre ami lionceau. Karma’s a bitch.

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La situation, gênante au maximum, me fait rire nerveusement. Nos regards se croisent sans cesse mais il me boude à cause de notre accrochage précédent. Il me reprochait de ne plus répondre à ses textos pour finalement conclure, dix minutes plus tard, en disant « un conseil, efface mon numéro ». Faudrait savoir cousin !

Jusqu’à cette fameuse séance de fin de journée. Après avoir passé une heure, à se regarder en chien de faïence, moi en souriant narquoisement, lui en arborant son habituel air de chien battu. Air accentué par son regard lui donnant par moment des airs d’Emmanuel Macron. Vis ma vie de Brigitte.

Quitte à savoir que j’étais observée sous toutes les coutures, tant par lui que par ses potes que par les coachs qui ont suivi l’histoire avec autant d’assiduité que pour une vidéo de Tibo Inshape, j’ai tout donné ce soir-là. En rentrant, épuisée, j’ai reçu ce texto : « Sache que tu étais très belle ce soir (décidément, la transpi l’excite). Dommage que cela (cela quoi ?) ce soit terminé si vite mais on est pas maître de notre destin. »

Chaton, je suis maitre de mon destin et c’est bien ton problème. Même ça, tu l’as pas compris.

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